« J’ai souvent eu envie de mourir quand j’étais plus jeune. Pour moi, la derma c’était la face émergée d’un immense iceberg de mal-être… Mais aujourd’hui, je vois le bout du tunnel ! »

J’ai commencé quand j’avais 10 ou 11 ans (comme toi d’ailleurs). Je me souviens de ma première fois. C’était un point noir que j’avais sur la lèvre. Il était assez grand pour que mon père m’ai proposé de me l’enlever mais je ne voulais pas par peur d’avoir mal et parce que je trouvais ça bizarre de m’enlever un bouton,pourquoi faire ? Je me souviens de la sensation que j’ai eu quand je l’ai enlevé, je me souviens des détails et d’avoir couru pour montrer à ma mère qui était dans la salle de bain (qui n’a pas ouvert).

Je me souviens de tout et j’ai même une cicatrice qui me le rappelle. Puis, a commencé l’infernale Derma.

Grâce à une de mes thérapies, j’ai fait une rétrospective sur le contexte de l’époque et je peux en dire ceci : 

A cette époque, ma belle mère est tombée enceinte, après avoir longuement essayé et insisté pour avoir un enfant. Je n’allais plus être la fille unique de mon père. Suite à son accouchement, elle fera une dépression post-partum qui dure encore aujourd’hui, 16 ans plus tard.

Comme ma mère, éducatrice spécialisée auprès de personnes handicapées mentales, travaillait beaucoup, j’étais baladée à droite et à gauche. J’allais chez ceux qui pouvaient me garder quand elle n’était pas là. chez mon père, chez mes grands-parents… La seule chose fixe c’était mon Nono, mon doudou. Je passais beaucoup de temps chez mes grands-parents pour qui j’étais un petit centre d’univers. A cette époque, ma tante accouche et je suis éjectée. Je suis effacée aux yeux de mes grands-parents au profit du nouveau centre de l’univers : mon cousin. Plus tard, morte de chagrin, j’en viendrais à souhaiter sa mort.

A cette époque, ma marraine, meilleure amie de ma mère, dont je suis proche depuis ma naissance se suicide. Elle avait organisé son départ. Elle avait prévu et m’avait dit au revoir. Ma mère l’avait pressenti. J’ai compris alors pourquoi son dernier câlin était aussi fort.

Alors que je n’avais rien de fixe, que c’était dur d’avoir des amis quand on n’est jamais là, que je ne trouvais pas ma place à l’école,  la derma s’est insinuée petit à petit et s’est installée.

J’ai mis 8 ans à mettre un nom dessus et comprendre.

Je me souviens de ma première crise et du fond de teint que j’ai été obligée de mettre sur mon visage après. De mon père qui m’a fait la réflexion sur la grosse dose de maquillage pour mon âge. Je me souviens d’être descendu sur mes bras, nouveau terrain de jeu, un été où ça se passait mal avec ma belle-mère. Je me souviens d’avoir entendu les adultes parler de moi en mal et de réfugier dans mes « boutons ».

Au collège je me suis laissée pousser les ongles pour « faire comme maman ». Sans m’en rendre compte, j’allais contribuer à l’aggravation de ma derma.

Je ne me rendais pas compte de ce que je faisais, en tout cas de ce que c’était mais je savais que ce n’est pas normal et qu’il fallait le cacher. Le fait d’enlever un kist et d’y trouver une sorte de plaisir n’est pas le passe temps imaginé pour une petite fille. Au collège, mon mal être de l’école primaire s’est poursuivi. Comme je me laissais submerger par mes émotions, j’ai commencé à me scarifier. Avoir mal pour surpasser la douleur déjà présente.

(c’est le moment où la moi du présent, celle de 2020, a la gorge serrée en regardant son passé)

Quand ma mère à découvert une photo de mes scarification, elle m’a giflé et étrangement, j’ai arrêté. J’ai souvent eu envie de mourir quand j’étais jeune, je voulais que ça cesse et sans m’en rendre compte, je trouvais refuge en « me faisant les boutons ». Avec le temps j’ai découvert de nouvelles parties à exploiter. J’ai fini par faire des crises sur tout mon corps.

J’ai mis des mots là dessus en parlant pour la première fois à ma mère en terminal. Elle a compris et m’a aidé à commencer une thérapie. En général, on ne comprenait pas en quoi « faire les boutons » était un problème. Mon père n’a toujours pas compris. Alors j’ai commencé à prendre des photos pour montrer ce que ça faisait de « juste » faire les boutons ! Et là, on m’a enfin compris. C’est difficile d’entendre ton problème être minimisé voir normalisé par les autres. C’est déjà assez dur d’avouer avoir un problème pour s’entendre dire que « tu exagères ça va …. »

J’allais voir un psychanalyste qui ne m’a pas servi à grand-chose pour ma derma. J’ai commencé à faire des terreures nocturne à cette époque. Toujours la même chose, une ombre noir menançante se jette sur moi alors que je ne peux pas bouger dans mon lit. Les filles de ma chambre d’internat avaient peur de mes terreurs. J’ai trouvé une psy sur toute la France qui parlait de Dermatillomanie. Une seule sur toute la France ! Pour une thérapie qui coûtait un salaire. Je voyais enfin une fin possible du tunnel, mais pas possible pour moi.

En continuant mes études, je suis allée à l’université de Rennes. Ma thérapie était en pause et mon mal être s’est accentué. J’ai consulté un psy gratuit de la fac. C’était toujours avec beaucoup de honte et de larmes que je confessais souffrir « d’un truc bizarre ». A l’époque, je faisais des crises d’environ 2h sur tout le corps. J’avais comme des absences. Je ne me rendais pas vraiment compte comme si j’étais dans une sorte de trans. J’avais dans ma tête un disque rayé qui me répétait un morceau de phrase. Ou alors une voix me disait : t’es moche, et là t’es encore plus moche, tu ne mérites rien de mieux, regarde toi, tu fais pitié, t’es faible.

J’ai habité chez mon père avant d’être obligée de partir car ça se passait mal avec ma belle-mère. Elle est dépressive et suicidaire. Je n’acceptais pas sa maladie. Elle faisait des tentatives de suicide de temps à autre. Je l’ai retrouvé une fois. En attendant les pompiers, je lui ai crié dessus tout le fond de ma pensée. C’était un sale moment. Je faisais tellement de crise que ça empiétait sur mes heures de sommeil. Je passais tellement de temps à scruter la moindre bosse, le moindre détail de mon corps.

A l’époque, j’ai fait l’erreur de transposer mon problème sur mon copain. Je lui enlevais ses boutons dans le dos. Mais j’ai senti que je devenais dépendante de ça aussi et je pouvais l’obliger parfois. Je n’arrivais pas à dominer mes pulsions. Le fait qu’il soit au courant m’a aidé, le fait qu’il m’ait donné accès à son dos a instauré une habitude bizarre. Quand je me faisais les boutons, il me réprimandait, pensant bien faire. Mais au final, je me faisais engueuler pour quelque chose que je payais déjà intérieurement. Je n’avais pas besoin de me cacher avec lui, mais je voyais la déception quand j’avais « cédé » et que j’avais fait une crise.

Puis je suis allée à Paris pour mes études dans une école de cinéma. C’était une période très noire de ma vie. Je n’avais pas beaucoup d’argent et pensais souvent à la prostitution, je trompais mon copain avec un gars qui ressemblait à un trou noir, et mes crises étaient tellement nombreuses que je n’arrivais plus à cacher les marques. J’ai infecté un bouton sur mon visage qui s’est transformé en kist. J’ai été obligée de me faire opérer et j’en garde une cicatrice en plein sur la joue. Je n’avais plus de limite, je prenais des aiguilles, des seringues pour charcuter ma peau. Je ne suivais aucune thérapie et avec du recule, je me rends compte à quel point j’avais besoin d’aide. J’aimerai pouvoir retourner me voir et me tendre la main. Ma dermatillomanie était devenue punitive. Quand quelque chose n’allait pas dans ma journée, le soir je m’attaquais à moi, je me faisais mal et je me disais que c’était tout ce que je méritais.

Sur un coup de tête j’ai repris mes études pour devenir professeure de français. L’homme qui était « l’homme de ma vie » avec qui on avait des projets de maison, de mariage … m’a quitté. Submergée sous un océan d’émotions, perdue, j’ai contacté une psy cognitive. Et c’est là que j’ai enfin commencé à travailler sur mon problème. J’ai appris que c’était un toc. J’ai coupé mes ongles très courts. J’ai fait des progrès immenses. Pour moi la derma c’était la face émergée d’un immense iceberg de mal être. Je commence à comprendre, à soigner ce mal être. Bien que je ne sois pas encore entièrement guérie, je vois la fin du tunnel. Je maîtrise mes crises qui sont infimes. Je sais que je fais mes boutons quand je suis stressée ou en gueule de bois. Mais je ne fais plus de derma punitive, et presque plus de crise parce que je m’ennuie. C’est la première fois que je vois ma peau aussi belle ! Je suis tellement heureuse de juste avoir une peau « normale ». C’est une émotion de satisfaction ! Je sais que je vais guérir, j’en suis persuadée ! Alors je continue de me couper les ongles court, de bien me les limer toutes les semaines. Je suis plus indulgente avec moi quand je me fais quelques boutons parce que ce n’est plus une habitude. Je travaille à accepter mon corps avec ses cicatrices. Car oui, j’ai des cicatrices après plus de 15 ans de derma. Je me suis faite opérée deux fois en tout et plus jamais !

Bon voilà, je t’ai raconté en détail, en oubliant sûrement des points importants. Mais je vais pas écrire un livre non plus ^^, ça c’est à toi de le faire !

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

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