» Dermatillomanie, anxiété, mutilations, alcoolisme… Cette destruction cachait un monstre : je suis borderline. Mais ma derma n’est PAS de l’auto-mutilation ».

La dermatillomanie est rentrée dans ma vie vers l’âge de 11 ans.

Je ne me rappelle pas comment ni quand très exactement, mais j’ai le souvenir de moments très longs passés dans la salle de bain dès mon entrée au collège.

C’était même mon refuge. La pièce était remplie de miroirs. Dans les tiroirs de ma mère je piochais des produits, crèmes, fond de teint et poudres qui sont devenus au fil du temps mes alliés, mais aussi ennemis dans cette quête perpétuelle de perfection et invisibilisation à la fois. J’alternais entre moments d’observation intense devant la glace, crise de derma et séance de «  réparation  » avec mille produits. Dans ces moments là, le reste du monde n’existait plus.

Ce monde là, c’était mon père, mon enfance, le reste de ma famille.

Mon père était un homme violent, colérique et très intimidant. J’ai grandi dans la peur. La peur de lui, de ses coups de colère. Ma mère n’a jamais su comment réagir, elle «  épongeait  »du mieux qu’elle pouvait.

Parallèlement à ça (mais sans rapport avec le reste), j’ai eu des problèmes de santé qui m’ont contrainte à me rendre souvent à l’hôpital.

J’ai grandi avec un grand manque de confiance en moi et un stress constant.

Mes années à l’école ont été catastrophiques, j’ai bien évidemment connu les moqueries, le harcèlement scolaire, l’indélicatesse de certains professeurs…

A l’âge de 15 ans j’ai commencé à me mutiler les bras. La plupart du temps avec des lames de rasoir, mais parfois avec d’autres choses, tout ce qui me tombait sous la main.

Ma mère était au courant mais prenait ça pour des «  crises passagères  ».

J’ai vu plusieurs psychologues, ça allait mieux pendant un temps, puis les crises repartaient.

En plus de ça la derma continuait et prenait de la place dans ma vie sans que cela ne choque beaucoup les autres car j’arrivais toujours à dissimuler les «  dégâts  ». Je me rappelle simplement de cette petite phrase qui aujourd’hui encore résonne dans ma tête  : «  elle est jolie, elle a un beau visage, c’est tellement dommage qu’elle ait des boutons  ».

Ma mère m’achetais des crèmes couvrantes, fond de teint, produits pour la peau, elle m’emmenait régulièrement en institut. On a regardé le problème à la surface, jamais plus loin.

Mes crises d’automutilation et ma derma ont souvent été confondu (à tort, j’y reviendrais plus tard)

Je suis partie de chez moi à l’âge de 18 ans pour une autre ville bien plus grande, synonyme de liberté. J’aurais du me sentir mieux, apaisée et enfin libérée des problèmes, mais paradoxalement c’est là que le plus gros des ennuis a commencé.

Je me suis mise à sortir dans les bars, beaucoup. Je faisais énormément de rencontres, très facilement. Je trompais mon ennui et ma solitude à la fois, et petit à petit je me suis mise à boire.

Ça a pris des années pour que je comprenne que ces moments que je percevais comme des moments festifs et agréables cachaient un problème grave et lourd. Les lendemains de soirées, malgré les cachets contre les maux de tête, de ventre, les nausées et les disputes avec les amis, j’arrivais à me dire que «  je ferais plus attention la prochaine fois  ».

Ce problème a duré près d’une quinzaine d’années. A l’âge de 33 ans j’ai fait un coma éthylique.

Ça a été la goutte d’eau de trop dans cet océan de destruction.

J’ai décidé de faire un suivi en centre médico-psychologique. J’y ai trouvé une équipe formidable qui m’a beaucoup soutenue. C’est là également que la «  racine  » de cette autodestruction a été trouvée  : je suis borderline. Le diagnostic a été malheureusement posé très tardivement.

Tous ces petits bout de destruction et, je m’autorise à le dire aujourd’hui, de punition, cachait un monstre bien plus gros.

Mes problèmes d’automutilation ont cessé avec le suivi en CMP, mes problèmes liés à l’alcool également. Je ne sors plus dans un bar toute seule. Je vis avec un homme qui me soutient beaucoup, qui est au courant de tout et m’épaule au quotidien.

De mon trouble borderline il me reste à présent un sentiment de vide intense que j’ai toujours du mal à combler, l’impression d’être toujours seule et délaissée, et beaucoup d’anxiété.

Mais je vais mieux, j’ai un travail qui me plaît, un compagnon formidable, et surtout je ne perds pas espoir.

Je souffre toujours aujourd’hui de dermatillomanie. Là aussi le diagnostic a été posé tard (34 ans).

J’ai souvent considéré la derma comme étant «  un problème  »parmi d’autres.

J’essaye maintenant de prendre le temps de soigner cela avec une thérapie TCC.

Je ne pense pas être la seule borderline à souffrir de dermatillomanie. Ce n’est pas de l’automutilation, et il est dommage que certains professionnels ne soient pas suffisamment formés.

Peut-être que mon témoignage fera écho à d’autres personnes.

Je vous souhaite du courage, de la force, et de garder espoir. Toujours.

 

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

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