« J’avais 25 ans quand ma dermatillomanie s’est manifestée suite à un changement de vie brutal. La naissance de mon fils a chamboulé ma vie ».

J’avais 25 ans quand ma dermatillomanie s’est manifestée. Il paraît que c’est assez inhabituel de commencer à se triturer le visage au delà de l’adolescence et de l’acné qui va avec. Personnellement, je n’en n’ai jamais eu d’acné. À vrai dire, la peau de mon visage a toujours été lisse comme celle d’un bébé.

La naissance de mon petit garçon a chamboulé ma vie. Je le désirais avec force et fut comblée par sa venue, mais jamais je n’avais imaginé la place qu’il prendrait dans mon existence ; dans notre existence.

Le changement de vie a été brutal et m’a pris par surprise. Changement de statut social, bouleversement des habitudes, nouvelles responsabilités, restriction de la liberté… Autant d’éléments qui sont lourds à gérer en un seul coup.

J’étais encore étudiante à peine quelques jours avant mon accouchement. Je suis parvenue à faire coïncider ma grossesse avec ma dernière année à l’université. Du jour au lendemain, je suis donc passée du statut d’étudiante à celui de mère au foyer. De la stimulation intellectuelle intense à une incapacité de m’intéresser à quoi que soit d’autre qu’à mon enfant. S’il paraissait normal que les premiers mois soient difficiles et exténuants, le fait que je ressente encore de la souffrance au bout d’un an l’était nettement moins.

Je me suis suis rendue compte que je faisais une dépression post-partum. Vous savez, cette sorte de baby-blues qui dure bien plus que les trois jours réglementaires. La cause n’était pas mon fils, mais toute la situation oppressante qu’il y avait autour. Il faut dire que mon ex-mari m’aidait très peu au quotidien et qu’il était d’une exigence souvent incompréhensible. Qui plus est, il ne comprenait pas mon mal-être. Pour lui, j’avais tout ce que je voulais et je devais être reconnaissante à la vie. Ce qui n’est pas faux en soi, mais la dépression n’est pas quelque chose qui se contrôle…

J’étais comme prise dans un étau sans issue de secours. Une tension permanente enserrait ma poitrine et je faisais souvent des crises d’angoisse. Un jour de forte dispute avec mon ex, je me suis enfermée dans la salle de bain pour échapper à ses cris. Je me suis regardée dans le miroir et je ne sais plus comment ni pourquoi, je me suis mise à essayer d’enlever les quelques points noir que je voyais sur ma peau.

Depuis lors, chaque fois que je passe devant un miroir (parce que 5 ans après, j’en suis toujours à me débattre avec ma derma), j’ai l’étrange sensation que mon visage meurtri me nargue. Je ne peux m’empêcher de le scruter, de chercher le moindre petit défaut ; l’imperfection la plus infime. Quand je me mets à triturer ma peau, face à face avec mon reflet, le monde autour de moi s’obscurcit et n’a plus aucune importance. L’espace de quelques minutes, toutes mes préoccupations sont mises entre parenthèses et un sentiment, tantôt de vide immense, tantôt de plénitude, habite tout mon être.

Cette obsession envahissante a un effet hypnotique sur moi. Quand je m’observe longuement, que je me pince ou me gratte parfois jusqu’au sang, le temps s’arrête net. J’entre subrepticement dans une espèce de transe qui me procure une brève sensation de satisfaction. Trop brève. Illusoire. Le retour à la raison est chaque jour un peu plus douloureux. Constater une nouvelle meurtrissure ou une énième rougeur mal placée anéanti instantanément le plaisir furtif ressenti lors du triturage. Les sentiments de culpabilité et de honte viennent alors s’ajouter au mal-être, à l’angoisse et à la mauvaise estime de soi.

Ce qui m’a clairement aidée durant ces 15 mois de confinement (ça vous dit quelque chose ?) quasi total avec mon fils, c’est l’écriture. J’écrivais sans cesse pour tenter de décharger mes tensions ailleurs que sur mon visage. Ensuite, j’ai pris la sage et urgente décision de mettre mon fils à la crèche et de chercher un emploi. Il fallait que je travaille pour me sortir de cet étau ; de cette vie qui ne me convenais clairement pas.

Malgré que j’ai aujourd’hui un job de rêve, que j’ai retrouvé mon indépendance et que je m’épanouis dans de multiples projets artistiques, la derma est encore bien présente dans ma vie. Elle se manifeste moins souvent, mais à la moindre angoisse, elle s’invite subrepticement dans ma soirée ; parfois jusque tard dans la nuit.

 

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