« Mon frère m’a beaucoup insultée, rabaissée. Ca a été mon plus grand déclencheur de la derma et la base de mon énorme manque de confiance en moi »

 

Ma derma a commencé à mes 16 ans. Je n’ai jamais vraiment eu de gros problèmes de peau mais j’ai commencé à vouloir être « parfaite », sans imperfections, très tôt. J’ai d’abord touché à mes bras, puis à beaucoup d’autres zones : mes jambes, mon décolleté, parfois une partie du dos, … et pour finir, mon visage.

A cette période, j’étais très mal dans ma peau, j’avais envie de disparaître et je n’avais aucune confiance en moi. Mon frère aîné y était pour beaucoup : il était de plus en plus après moi, à me faire des remarques (quand j’avais du maquillage, pas de maquillage, sur mon apparence, ma façon de me comporter, etc.), m’insulter, me rabaisser, m’embêter quotidiennement. Je le vivais comme une persécution que je ne pouvais pas fuir, je rêvais du moment où nos chemins se sépareraient.

Je pense que ça a été mon plus gros déclencheur et la base de mon énorme manque de confiance en moi et envers la gent masculine.

Mes parents ont je pense voulu m’aider, mais pas de la meilleure façon qui soit. Ils n’écoutaient pas vraiment mes appels au secours concernant mon frère, encore aujourd’hui d’ailleurs. J’entendais tous les jours « arrête de te gratter ! », ce qui avait pour conséquence de me culpabiliser et d’accentuer le fait de me sentir démunie face à ce toc.

Au quotidien, je me voyais comme la fille introvertie, pas très jolie, avec peu d’amis, qui n’attirait pas vraiment les autres.

Ma mère m’avait accompagné chez une dermato qui m’avait mis très mal à l’aise en me disant qu’il y avait forcément quelque chose qui n’allait pas psychologiquement.

J’ai juste eu envie de pleurer et de disparaître ce jour là.

Des cures de crèmes et même des séances d’UV plus tard, les résultats étaient toujours les mêmes… Je ne connaissais pas le terme de dermatillomanie à cette période, il n’y avait pas encore d’infos sur internet. Je me sentais seule, la seule à vivre ça, à avoir cette impression d’injustice « pourquoi moi ? », de devoir cacher en été ou même en hiver avec le maquillage le visage comme les bras ou les jambes. Je jalousais d’ailleurs les personnes qui étaient bras et jambes nus.

A mes 19 ans, j’ai décidé de partir à l’étranger pour un an, à Oxford.

Je n’étais pas très aventureuse mais j’avais besoin de changement. Ça a été un premier nouveau départ. J’ai commencé à me sentir un peu mieux même si la confiance en moi n’était toujours pas au top. Les relations avec les hommes non plus. Je fuyais avec tous les prétextes possibles dès que ça pouvait aller un peu plus loin, pour ne pas montrer un centimètre de peau atteint par la derma et non maquillé.

Je crois aujourd’hui avec du recul que tout ce que m’a fait vivre mon frère a affecté mes relations avec les hommes. J’étais persuadée qu’à chaque fois que je me dévoilerai à l’un d’entre eux, il trouverait ça dégoûtant, et me rejetterait. Je faisais tout pour ne pas avoir à passer ce stade et rester en surface, mais j’en souffrais énormément.

Je ne me sentais pas épanouie, comme enfermée dans ce mal-être sans pouvoir en sortir. J’avais l’impression que toutes les personnes que je rencontrais étaient focalisées sur ma peau. Je voulais toujours avoir l’air « parfaite », pour me fondre dans la masse, qu’on ne me remarque pas. Je pensais avoir moins de valeur et que personne ne s’intéresserait à moi si mon apparence ne donnait « pas envie ».

Je n’ai d’ailleurs pas eu de vraie relation amoureuse sérieuse avant mes 26 ans, voire mes 28 ans, juste quelques garçons avec qui j’ai réussi à casser la barrière, mais en restant très mal à l’aise.

En revenant en France, et durant les années qui ont suivi, j’ai réessayé d’aller voir plusieurs spécialistes, à chaque fois avec le même espoir de guérison : dermatologues, magnétiseur, hypnothérapeute, … rien n’y a fait.

Un jour, ma mère m’a suggéré de faire un séjour à la Roche-Posay. J’ai accepté. Je suis partie 3 semaines faire une cure là-bas (utile après guérison pour atténuer les tâches mais pas avant). Et c’est en me retrouvant seule et en me disant que je ne voulais pas que ça recommence à mon retour que j’ai à nouveau fait des recherches sur internet.

J’ai enfin trouvé et pu mettre un mot sur ce que j’avais : la dermatillomanie.

Ça a été un soulagement, de voir que j’étais loin d’être seule à le vivre, et que des solutions existaient. J’ai pris rdv au centre Dermatillomanie France et j’ai pu y commencer une thérapie peu de temps après. J’étais convaincue que je m’en sortirai.

Après 2 ans de thérapie là-bas, à enchaîner les exercices et les séances hebdomadaires, je n’ai pas réussi à m’en sortir complètement, mais je ne le vois pas comme un échec.

J’ai énormément appris sur moi, j’ai progressé, je ne regrette absolument rien !

Ma derma a nettement diminué, je l’accepte bien mieux, le regard des autres aussi.

Je me dis que si quelqu’un me fait une remarque (ce qui n’arrive finalement pratiquement jamais), tant pis pour cette personne, je n’ai pas à me sentir atteinte par sa méchanceté.

A 26 ans, j’ai aussi rencontré le premier homme vraiment bienveillant envers moi.

Notre histoire n’a pas duré mais elle a beaucoup compté car il m’a permis de me débloquer après des années, et de me montrer que beaucoup d’hommes ne trouvaient finalement pas la derma « dégoûtante », mais presque touchante.

A partir de ce moment (et même avant mais je n’ai pas eu l’occasion de m’en rendre compte), aucun homme ne m’a jugé ou fait de remarques désobligeantes.

Chaque personne à qui je me confiais était touchée que je lui accorde ma confiance.

Il y a un an, en 2019, j’ai rencontré celui qui m’a vraiment aidé.

J’ai réussi à me confier à lui, j’ai pris confiance, je pouvais pour la deuxième fois me montrer même en pleine crise, être moi-même. J’ai réussi à surmonter beaucoup d’obstacles et de peurs à ses côtés. Il savait me rassurer et me dire que j’étais aussi jolie avec ou sans maquillage, que la derma n’avait pas d’importance. Elle a beaucoup diminué à ses côtés. Lorsqu’il voyait que je me grattais, il me prenait doucement la main, sans jugement. Ça m’a fait un bien fou. Je me suis dit que l’amour pouvait avoir un fabuleux pouvoir de guérison. Je n’avais jamais eu aussi peu de marques !

Cette histoire s’est aujourd’hui malheureusement terminée, j’ai rechuté, mais encore une fois je ne le vis pas comme un échec (concernant le toc).

Je sais que la derma revient dans les périodes difficiles mais je ne pense pas qu’elle soit invincible.

J’ai encore du chemin à faire (notamment avec mon frère avec qui les relations sont toujours compliquées et font ressortir des émotions négatives à chaque rare rencontre), pour gagner en confiance et vaincre ce toc, mais je sais qu’en retrouvant l’amour, ou même seule, je réussirai à la combattre, même si ça doit prendre du temps.

La thérapie, ainsi que tout mon parcours, m’ont permis de me rendre bien plus forte aujourd’hui, autonome, et je pense que je n’en serai pas là où j’en suis aujourd’hui si je n’avais pas vécu tout ça. J’ai eu le courage de tout plaquer il y a environ 1 an pour reprendre mes études et vivre mon rêve d’enfant (devenir styliste), je ne ressens plus le besoin d’attendre quelque chose venant de mes parents, je pense qu’ils ont essayé de faire de leur mieux, et je m’ouvre de plus en plus aux autres et n’ai plus peur de montrer celle que je suis vraiment.

Même si je ne partage pas aujourd’hui une histoire avec une guérison à la fin, je souhaite donner espoir aux personnes atteintes du même trouble : avec du temps, les bonnes rencontres, de l’indulgence et bienveillance envers soi, on peut s’en sortir, je n’ai aucun doute là dessus !

Ayez confiance en vous et en l’avenir !

 

♥️ Témoignage à retrouver sur Instagram @peau.ssible

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