La dermatillomanie

La dermatillomanie est un trouble mental qui affecte la peau et toucherait des milliers de personnes en France et dans le monde !Très difficile à vivre, il prend beaucoup de temps, d’énergie et d’espace mental. ⁣

Peu étudiée ni médiatisée encore en France, la dermatillomanie reste inconnue pour de nombreux professionnels de santé (même certains dermatologues et psychologues) et la prise en charge peut alors être difficile. En plus de souffrir physiquement des conséquences de ce trouble (lésions cutanées etc), les dermatillomanes souffrent de ne pas être compris et parfois même, pris au sérieux. Pourtant, ce trouble psychique a été reconnu comme tel dans le DSM-5 (manuel des troubles mentaux) en 2014. Un grand pas pour cette pathologie qui trouve enfin un peu de reconnaissance ! Car non, ce n’est pas juste une « mauvaise habitude », une manière de combler l’ennui, de l’automutilation, ou une simple question de volonté.

La dermatillomanie est un trouble anxieux faisant partie des CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps) au même titre que la trichotillomanie (manie de s’arracher les cheveux), l’onychotillomanie (se ronger les ongles ou les cuticules) ou le triturage / mordillement des lèvres ou de l’intérieur des joues.

Je ne suis ni médecin ni psychologue mais j’ai été atteinte de dermatillomanie durant 15 ans, 15 années durant lesquelles je me suis énormément renseignée sur ce trouble pour mieux le comprendre et en guérir.⁣.. ⁣
> Que vous soyez dermatillomane, praticien ou autre, j’espère que cet article vous aidera à mieux comprendre ce trouble si peu connu encore, qu’est la dermatillomanie ❤

A l’attention des proches

Que faire si votre soeur / fille / copine vous avoue qu’elle est dermatillomane ?

  • Déjà ne pas juger, critiquer, dénigrer ou mettre la pression à la personne pour qu’elle change. Il est assez dur et culpabilisant de vivre avec ce trouble qui provoque des crises totalement indépendantes de notre volonté.
  • Retenez vraiment que, si la personne le pouvait, bien sûr qu’elle arrêterait ces comportements. C’est d’ailleurs ce qu’elle espère le plus au monde ! Mais, comme tout trouble, c’est quelque chose qu’elle ne maîtrise pas. Ce n’est PAS de sa faute.
  • Elle a besoin, plus que tout, de votre soutien, de votre écoute, et de votre amour. Sentir que vous l’aimez, même avec ce trouble. Car déjà, se confier à vous et vous en parler est une grande preuve de confiance (et souvent un moment très dur à passer !).
  • Être dermatillomane ne signifie pas être « fou/folle ». Juste être une personne anxieuse, souvent très sensible, submergée par ses émotions, qui ne sait pas comment les gérer autrement qu’en se réfugiant « dans » sa peau. C’est un refuge (comme peuvent l’être la cigarette, l’alcool, le café). Et oui, toutes les personnes ayant de l’acné ne développent pas pour autant ce type de trouble. Mais pour les dermatillomanes, l’acné est l’élément déclencheur d’un trouble qui prend racine bien plus profondément.
  • Il est normal que vous ayez du mal à comprendre, si vous n’avez jamais été atteint d’un trouble psy ou d’une addiction qu’elle quelle soit. Mais juste, soyez à l’écoute, restez présents, ne faites pas de remarque ou de réflexion concernant la peau, valorisez la personne sur autre chose, sur ses qualités. Aidez-là à prendre conscience du fait qu’elle est bien plus qu’une peau et que sa valeur réside ailleurs !
  • Demandez-lui ce que vous pouvez faire pour elle et faites-lui confiance dans sa capacité à guérir ! Car OUI, elle peut, et elle va y arriver ❤️️

Qu’est-ce que la dermatillomanie ?

C’est un trouble psychologique caractérisé par la vérification, le triturage et/ou le grattage répété, compulsif et obsessionnel de la peau (corps et/ou visage)

  • Il fait partie de la damille des TOC & CRCC (Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps)
  • C’est une manie de soulagement de tensions internes (satisfaction éprouvée durant les crises, suivie de culpabilité)
  • La personne atteinte développe une véritable obsession pour sa peau et ses imperfections (boutons, croutes, callosités etc)
  • Les comportements de grattage entrainent des lésions cutanées de gravité variable

–> Ce trouble est très difficile à vivre pour les personnes atteintes (des milliers de personnes en France et dans le monde)

Quelles sont les caractéristiques majeures de la dermatillomanie ?

| Crise de dermatillomanie : traque irrationnelle des imperfections sur la peau en vue de les éliminer, alors que cela les amplifie (triturages) |

  • Durée des crises : de quelques minutes à plusieurs heures (fréquentes le soir, comme un exutoire des tensions du jour)
  • Incapacité totale de résister aux envies de grattage
  • Etat de transe / semi-conscience, sans notion du temps
  • Répercussions sur la vie sociale (annulation de sorties etc)
  • Honte & difficulté d’en parler
  • Lésions & stratégies de camouflage (vêtements, make-up)
  • Emotions & états psychiques associés : incompréhensions, solitude, culpabilité, angoisse…

Quelles sont les causes possibles de développement de ce trouble ?

–> Les causes réelles sont encore méconnues. Voici une liste de facteurs potentiellement déclencheurs et/ou aggravants :

  • Une mauvaise gestion des émotions & stress
  • Un traumatisme
  • L’effet-miroir dans l’enfance (imitations de ccomportements : parents, soeurs etc)
  • La génétique (prédispositions internes, famille touchée par les TOC etc)
  • Une pression sur le physique & rejet de l’imperfection
  • Un fonctionnement cérébral altéré à cause d’un dysfonctionnement interne (digestif, hormonal)
  • Un malaise affectif, mauvaise estime de soi
  • De l’anxiété, solitude, déprime, ennui

Les personnes atteintes ont-elles un « profil type » ?

Il semblerait en effet qu’elles se reconnaissent dans une ou plusieurs des caractéristiques ci-dessous :

  • Sexe féminin majoritairement
  • Un perfectionnisme extrême & une grande peur de l’échec
  • Une nature anxieuse et stressée
  • Une acné de base plutôt légère
  • Une forte attention portée au regard des autres, à l’apparence
  • Un manque de confiance / d’estime / d’amour de soi
  • Des difficultés à se détendre, mental fort jamais au repos
  • Un hypercontrôle
  • Une hypersensibilité

Les personnes atteintes peuvent aussi souffrir d’autres pathologies : TOC variés, TCA, dépression, phobie sociale, addictions...

Comment guérir de la dermatillomanie ?

Le chemin de guérison dépendra de plusieurs facteurs : l’âge de la personne et le nombre d’années passées à développer ce toc, l’envie de s’en sortir, l’assiduité dans le processus de changement, la qualité de l’accompagnement etc. C’est un chemin en tout cas riche d’apprentissages et qui, j’en suis sûre, est possible pour tous ! Il est très important de garder espoir et motivation.

L’AFCRCC (Association Francophone des Comportements Répétitifs Centrés sur le Corps) donne ici de précieuses informations sur la dermatillomanie.

Voici différents moyens (idéalement en synergie) qui peuvent aider à travailler sur un trouble comme la dermatillomanie :

  • La thérapie : (incontournable selon moi). Thérapie comportementale & cognitive (TCC), psychanalyse, gestalt-thérapie… A chacun de trouver celle qui lui correspond et lui parle le plus, mais également LE / LA thérapeute avec le(a)quel(e) il se sentira en confiance.
  • Développement personnel : reconnexion à soi, guérison de traumatismes, apaisement de tensions, réduction du stress, meilleure compréhension et accueil des émotions etc. (méditation, lectures, hypnose, sophrologie, coaching…)
  • Déconstruction d’habitudes : remplacement progressif de rituels liés à la dermatillomanie par des exutoires plus sains. Meilleure compréhension de soi et du trouble
  • En parler : à son entourage, des spécialistes, d’autres personnes atteintes
  • Hygiène de vie & santé : rééquilibrage alimentaire (liens forts avec les troubles mentaux & les problèmes de peau), sommeil, stabilisation des hormones etc.
  • Soin de la peau : routine adaptée et bonne connaissance du fonctionnement de la peau

Une approche médicamenteuse peut être prescrite pour certains (antidépresseurs, ISRC..), indissociable d’un travail de fond sur le trouble.